« 29 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 105-106], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6006, page consultée le 25 janvier 2026.
29 novembre [1844], vendredi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour mon pauvre petit travailleur bonjour, bonjour
comment vas-tu ce matin mon cher amour ? J’ai pensé à toi toute la nuit quand je ne
dormais pas, cela va sans dire, mais aussi quand je dormais, en rêve, j’étais avec
toi
toujours. Je peux dire que depuis douze ans ma pensée ne t’a pas quitté un seul
instant. C’est ce qui fait ma vie. Si je n’étais pas toujours avec toi, au moins par
la pensée, je ne pourrais pas vivre je n’en aurais pas le courage.
Tu vas avoir
un redoublement de travail pendant quinze jours, mon pauvre bien-aimé, mais où
prendras-tu la force de travailler plus que tu ne fais déjà ? Quand je pense à ce
que
tu fais tous les jours, j’en suis effrayée. N’oublie pas, mon adoré, que tu m’as
promis de venir tous les jours. Que je te voie seulement et je serai tranquille et
presque heureuse. Mais ne pas te voira
du tout cela me serait odieux et insupportable. Je compte sur ta bonne promesse, mon
Victor bien-aimé et je prie Dieu de te donner la santé et la force en raison de ton
courage et de ta bonté surhumaine.
Je te prierai de tâcher de me mener une fois
auparavant à la pension de ma fille pour m’entendre avec Mme Marre au sujet de son travail.
L’avis que m’a donné son excellente sœur1 n’est pas à dédaigner. Je n’aime pas que cette dame
seb soit abstenue de tout remerciement,
sinon pour moi, au moins pour toi qui as daigné te déranger pour l’obliger2. Je crois très prudent de ne
laisser aucun vague sur nos positions respectives et cela d’ici au mois de janvier.
Je
te le demande mon cher amour avec le regret de te tourmenter. Ô va je t’aime.
Juliette
1 Mlle Hureau qui tient avec sa sœur la pension de Saint-Mandé où étudie Claire Pradier.
2 À la demande de Juliette, Victor Hugo a écrit une lettre pour le mari de Mme Marre.
a « voire ».
b « ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
